I'm crazier than you are

Né en 1978, je suis traducteur et auteur dans les domaines des littératures de l'imaginaire: SF, fantasy, fantastique. Mes nouvelles vont de l'anticipation au surréalisme en passant par le merveilleux.

Mon site web s'appelle pompeusement comme moi, mais j'avais pas trop le choix non plus.

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Jeudi 18 septembre 2008 4 18 /09 /Sep /2008 12:28
Je me trouve toujours à la barre de mon supertanker, commençant à reconnaître de mieux en mieux les réactions de l'engin, mais confronté simultanément à un phénomène non-euclidien qu'aucun véritable capitaine de navire n'a jamais rencontré (sauf, peut-être, ceux qui croisent au-dessus de R'lyeh): l'océan s'allonge. Un récit n'est pas une masse achevée et finalisée une fois le synopsis écrit: certains détours s'imposent, d'autres (plus rarement) restent sur le carreau de la salle de montage. Le plus angoissant est probablement de savoir que je dois atteindre New York à la barre de ce foutu navire dans un temps limité, mais si l'océan ne coopère pas, je fais comment, moi?


Je fus donc assez rassuré de tomber sur cette nouvelle courte de Megan Lindholm (alias Robin Hobb) sur son site officiel, intitulée How I Became a Famous Writer (a True Story). En anglais dans le texte, évidemment. Extrêmement rassurante et éminemment intéressante pour tous les auteurs, jeunes, moins jeunes, en herbe.

Si les plus grands sont confrontés au maëlstrom à géométrie variable de leurs efforts jetés sur la page blanche, l'espoir m'est permis...

All I ask is a tall ship
And a very, very big fish hook.
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Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /Sep /2008 10:47
Dans un discours à l'université de Wesleyan, Barack Obama eut la petite phrase suivante:

"Our individual salvation depends on collective salvation"
(Le salut individuel dépend du salut collectif.)

Phrase qui fut aussitôt villipendée par la presse et la blogosphère américaine. Car beaucoup y lisent une critique l'American way of life, enjoignant les étudiants de ne pas se limiter à l'achat de la grosse voiture, de la grande maison et du joli costard qui forme le modèle de réussite de la classe moyenne. Car ce way of life, considéré par beaucoup comme un acquis de haute lutte - par une conquête de l'homme sur l'adversité des éléments et de la vieille Europe - est un principe fondateur de l'inconscient collectif américain.

Mais ce n'est pas son discours. Obama veut inciter son auditoire à prendre la mesure d'enjeux qui les dépassent; à servir leur pays du mieux qu'ils le peuvent - à agir en citoyens responsables. Et, dans le pays dont il risque d'hériter, enlisé en Irak, détesté par une bonne partie du monde, grignoté par un fondamentalisme arriéré, ce discours n'est nullement anodin.


La phrase n'est guère surprenante pour nous, Européens, plus encore Français, qui avons une riche histoire de solidarité et d'avancées sociales. D'ailleurs, en ces temps de mutations où notre pays refait certaines des plus graves erreurs américaines, il est probablement encourageant de la voir dans la bouche d'un présidentiable. Mais, une fois sorti de la légitimité que lui donne son contexte, le discours d'Obama tient-il encore?

Pas entièrement, je crois. Ce ne sera guère original - bien que fort vrai - d'affirmer que l'individu se nourrit de la collectivité autant que l'inverse. Mais nos systèmes politiques, nos modes de vie, nos inconscients gravitent à mon sens autour d'une mauvaise dualité: à savoir la collectivité oeuvrant pour soi, face à l'intérêt de soi, oubliant l'oeuvre de soi.

Il est évident que nous ne pouvons survivre que si le groupe prospère. Mais, simultanément, nous traversons une phase grave de désenchantement, qui conduit à un repli individualiste. Il y a dans l'inconscient collectif actuel un sentiment écrasant d'impuissance rageuse, doublé d'une peur (artificielle ou non), qui se traduit par un égoïsme ordinaire, qu'il s'agisse de se garer sur les places pour handicapés ou de piquer des post-it au boulot, motivé par un obscur sentiment de rétribution. Car si nous n'avons pas d'influence sur le monde, qu'importe notre mesquinerie?

La vérité, c'est que nous ne sommes pas des gouttes d'eau sans influence... Et que le groupe est aussi la somme de ses parties. Sans groupe, point de salut individuel. Mais l'être n'est pas impuissant, sur sa vie, sur le monde, sur les structures qui l'encadrent - c'est un mensonge. Si le salut collectif assure le salut individuel, le salut collectif repose avant tout sur l'action de l'individu... Même loin des caméras ou des yeux divins, comme l'espérait Kant.

C'est idéaliste. J'assume. Je suis un misanthrope optimiste, perpétuellement déçu par mes contemporains mais n'abandonnant jamais l'espoir d'être agréablement surpris. Je crois profondément à l'action individuelle et motivée, à l'inventaire personnel raisonné, à la victoire de chacun sur ses démons. A l'impeccabilité de la personne pour que notre monde franchisse une nouvelle étape, débarrassée de ses vieux oripeaux, de ses vieilles angoisses. Ce n'est probablement pas pour ce siècle, mais ce monde me fait quand même l'effet d'être en retard sur son changement de vie. Nous pouvons au moins commencer maintenant. A tout le moins, l'individu en lui-même vivra mieux, ce qui devrait constituer une incitation suffisante.


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Jeudi 4 septembre 2008 4 04 /09 /Sep /2008 11:12
Bien, il est temps que je me mette au goût du jour, la langue française, c'est dépassé.
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Jeudi 28 août 2008 4 28 /08 /Août /2008 10:24
Un billet pour signaler l'existence d'AOSphere, un projet indépendant assez intrigant qui vise à mêler interactivité ludique (OK, jeu vidéo), profondeur du discours et narration épisodique. Le but avoué est d'impliquer le spectateur / joueur dans l'histoire au scénario travaillé au-delà d'un simple mécanisme de jeu.

On n'en sait pas beaucoup plus pour l'instant, si ce n'est que le produit sera en Flash, jouable depuis le navigateur (c'est la mode). Sur leur blog, les développeurs ont publié quelques screenshots comme ceux-ci, ce qui augure d'un environnement plutôt joli.

Je dois avouer que je suis à la fois très curieux et relativement méfiant vis-à-vis de ce genre de projet. Curieux parce que la façon dont nous recevons les contenus culturels, la narration, évolue. On a longtemps affirmé que le jeu vidéo et Internet, - le "multimédia" "interactif", termes qui font encore sourire les geeks d'aujoud'hui, allait conduire à la création de nouveaux types de contenus évolutifs et libres. On le voit maintenant un peu - ne serait-ce qu'avec les blogs - mais ce ne fut pas le raz-de-marée prévu.

Je pense humblement que l'interactivité n'est pas une composante nécessaire et suffisante à une évolution importante de la narration. Parce qu'un jeu, pour fonctionner, doit d'abord être... un jeu. Pong n'a pas d'histoire. Mario Kart n'a pas d'histoire. Doom n'a pas (vraiment) d'histoire. Et ce sont des classiques. (Il faudrait aussi parler de l'aspect social comme avec le jeu en ligne, mais ce sera pour une autre fois.)

S'il est vrai que tous les modes d'expression ont leurs limites, je crois celles du jeu vidéo plus fortes que toutes les autres. Dans un récit classique, qu'il s'agisse d'un film, d'un livre, même d'une chanson, la forme est au service du fond. David Lynch peut saccader le montage, Mark Z. Danielewski peut écrire dans tous les sens avec des polices différentes, le black metal peut employer des grognements pour évoquer les enfers.

Mais le jeu? Dans un jeu, le fond est soumis à la forme. Parce qu'on ne lance pas un jeu pour l'histoire, pour la "réception" d'un message distrayant ou profond, mais pour le plaisir ludique, ce qui est fondalentalement différent. Qui se préoccupe du destin des pions aux dames? De la cohérence des règles de déplacement aux échecs? Peu importe, tant que le jeu fonctionne. Bioshock est un des rares bons titres à avoir réussi une forme de narration, mais du propre aveu de Ken Levine, le chef du projet, l'équipe a d'abord pensé à faire un bon jeu vidéo avant de raconter une histoire.

Les deux sphères peuvent évidemment se rencontrer: La maison des feuilles est ludique, en un sens, et j'ai vécu de véritables moments d'émerveillement sur Metroid Prime. Mais qui pourrait imaginer L'écume des jours en jeu vidéo et Super Mario en roman? Différents médias répondent à des attentes précises et les discours ne sont pas entièrement transposables, cela n'a rien de nouveau.

Mais le milieu vidéoludique semble aujourd'hui vouloir donner au jeu des airs de panacée narrative, et je suis très sceptique. Sans avoir l'air de prêcher pour ma paroisse, la littérature est probablement le mode narratif le plus transversal parce qu'il s'adresse directement à l'intellect du lecteur en s'appuyant sur ses représentations internes. En un sens, la littérature évoque, le lecteur construit ses images. C'est une de ses forces - et de ses difficultés d'accès comme de pratique. Le jeu vidéo... vous accroche par d'autres mécanismes, et c'est très rarement l'histoire.

Je reste néanmoins ouvert d'esprit et même impatient. C'est à la fois ce qui m'intrigue et m'intéresse dans des projets comme AOSphere. Je ne doute pas qu'un modèle économique fondé sur la série télé avec ses saisons puisse fonctionner - la nouvelle édition de Sam & Max l'a prouvé. Mais peut-on réussir la quadrature du cercle, expérience ludique et discours narratif? Les précédents essais se sont souvent cassé les dents, et le gameplay annoncé type "point and click" m'inquiète un peu. Pétard mouillé ou vraie réflexion de fond? J'ai reçu ma confirmation au beta-test. Si je ne suis pas tenu à une forme de confidentialité, je m'efforcerai de livrer mes impressions sur la chose.

Et sur le beta-test de Wrath of the Lich King, la nouvelle extension de World of Warcraft, aussi.
Ou pas?
Mais, au moins, avec la citation du titre, je suis sûr que je vais déjà multiplier mes visites par 250.
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Lundi 25 août 2008 1 25 /08 /Août /2008 14:15
Je ne sais pas ce qui se passe mais depuis que j'ai exposé sur la place publique mes aventures avec le démarchage téléphonique, les appels ont recommencé de plus belle. Encore un coup de la synchronicité. Enfin, ça met à l'épreuve mes capacités d'improvisation, disons.

J'ai d'abord essayé la contre-réponse téléchargeable ici, mais le résultat ne fut pas assez marrant pour valoir la peine d'être raconté.

Je viens en revanche de recevoir un coup de fil qui n'est pas drôle en soi - pas de Station Spatiale Internationale - mais qui est assez surréaliste sur le rôle des genres dans la société.


Démarcheur: Allô, monsieur Davoust?
LD, réjoui: Oui, c'est moi.
Démarcheur: Je représente [une entreprise quelconque] et j'ai une excellente nouvelle pour toutes les personnes en couple! Etes-vous en couple, monsieur?
LD, toujours avec le sourire: Parfaitement.
Démarcheur: Eh bien vous avez gagné deux magnifiques cadeaux! Tout d'abord, un superbe appareil photo numérique pour vous, monsieur, et un splendide sécateur de jardin pour madame.

WTF?

Chers amis, en ces temps où les repères s'effritent, où l'humanité s'égare, cherchant une lumière pour habiter son pauvre coeur assoiffé d'amour, voici révélé à nos yeux l'inconscient du XXIe siècle. Alors que la survie en open space a remplacé la chasse au mammouth, l'homme, les sens aiguisés par d'harassantes journées de corrections de macros Excel, est habilité à manipuler l'appareil photo numérique pour immortaliser (jusqu'à la prochaine onde électromagnétique) sa tribu familiale. La femme, pendant ce temps... heu... reste couper les rosiers? Donne libre cours à ses instincts ataviques de cueilleuse préhistorique? Ou bien remet en scène le fantasme originaire
à titre cathartique

Franchement?
Cela dit, ce n'est pas l'absurde de la situation qui m'a frappé sur le moment, mais le rapport de prix. L'homme reçoit un cadeau qui dénote un certain statut, à l'image prestigieuse, tandis que la gonzesse se récupère une vulgaire paire de cisailles. Ahem.

Bref. Reprenons.

Démarcheur: Eh bien vous avez gagné deux magnifiques cadeaux! Tout d'abord, un superbe appareil photo numérique pour vous, monsieur, et un splendide sécateur de jardin pour madame.
LD: Pour monsieur.

Gros blanc.

Démarcheur: Pour monsieur?
LD: Oui, le sécateur sera aussi pour monsieur.
Démarcheur: Ah, euh, mais... Ah! Très bien. (Nouveau blanc.) Eh bien, pour récupérer vos cadeaux, je vous convie tous les deux à... [On s'en fout.]

Bon, il se trouve que c'est faux. Cela dit, même si les couples hétérosexuels sont statistiquement majoritaires, je suppose que si j'étais gay, ce genre de parti pris m'userait à la longue. (Message personnel: ma chérie, je suis désolé de t'infliger en public la cruelle déception que tu n'auras pas de sécateur. Je peux t'offrir un vaporisateur à pesticides à la place pendant qu'en homme parfaitement moderne, je me paierai un lecteur Blu-Ray.)

En fait, après le coup du sécateur, je voulais tester l'ouverture d'esprit de ma correspondante. Au bout d'un instant de déstabilisation, elle a continué son laïus d'un ton soigneusement neutre, nous conviant mon compagnon et moi à un restau pour récupérer notre superbe appareil photo et notre splendide sécateur.

Oui, c'est en vente pour Noël.
(Le jouet, bande de nazes!)

C'est une époque amusante que la nôtre où
- Si tu es en couple, on part du principe que c'est avec une personne de sexe opposé
- Avec qui tu es marié
- Et avec qui tu as des enfants

Mais où
- On "tolère" parfaitement que tu sois gay (ou femme, ou célibataire, ou immigré, ou fétichiste de la betterave), c'est-à-dire qu'on fait bien gaffe à ne surtout rien dire ni ne rien relever - plutôt que de se comporter normalement comme avec tout être humain
- On t'offre des sécateurs

Soyons ouverts, mais dans le cadre.
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