I'm crazier than you are

Né en 1978, je suis traducteur et auteur dans les domaines des littératures de l'imaginaire: SF, fantasy, fantastique. Mes nouvelles vont de l'anticipation au surréalisme en passant par le merveilleux.

Mon site web s'appelle pompeusement comme moi, mais j'avais pas trop le choix non plus.

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Vendredi 20 février 2009 5 20 02 2009 16:42
Alors on se connecte un beau matin sur son interface d'administration de blog et on trouve ça:


Impossible de ne pas répondre, évidemment (ou alors, il faut répondre n'importe quoi). Voilà qui, sur le principe, est profondément déplaisant.

Du coup, je m'intéresse à Wordpress et à la possibilité de fusionner ce blog et mon site. Cela dit, c'est vraiment pas pour demain: il faut que j'arrive à concilier intellectuellement le gros fourre-tout qu'est cet espace (où je m'amuse principalement beaucoup) avec la vitrine papier glacé assez statique qu'est mon "vrai" site. Une refonte de ce genre nécessite un temps que je consacre mieux à écrire :)

Mais je ne doute pas d'y parvenir avec Wordpress. Le fait que ce soit "le nec plus ultra des plates-formes sémantiques de publication personnelle" me donne pleinement confiance. Mince, quoi, si avec ça je ne deviens pas mentalement efficient et syntaxiquement optimal, je désespère.
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Lundi 16 février 2009 1 16 02 2009 10:59
Alors là, waw.

Il faut que je vous raconte comment ça s'est passé. L'année dernière, aux Utopiales, j'apprends que Delia Sherman prépare un deuxième volume de l'anthologie Interfictions en collaboration avec Christopher Barzak et qu'elle est prête à recevoir des soumissions en français.

Interfictions (vol.1 ci-contre), c'est une des anthologies américaines mythiques de la "fiction interstitielle" - ce mouvement littéraire qui repousse les limites des genres couramment admis de l'imaginaire, fait éclater les frontières, joue avec les codes, ne s'interdit rien pour raconter une belle et bonne histoire. Figuraient au sommaire de ce premier volume Vandana Singh (qu'on découvre actuellement dans Fiction), Colin Greenland ou encore Léa Silhol en traduction. Rien que ça...

On se rencontre, je bredouille trois mots à propos de mes nouvelles, de mes thèmes, de mes explorations, que j'aurais peut-être quelque chose qui pourrait correspondre, que j'aimerais essayer de soumettre un texte... Si possible. Madame. Ahem.

"Sure, send along a story."

Eh bien, voilà.

L'Île close
va traverser l'Atlantique et paraître traduite en anglais dans Interfictions 2, anthologie dirigée par Delia Sherman et Christopher Barzak.

En voici le sommaire:

Jeffrey Ford, "The War Between Heaven and Hell Wallpaper"
M. Rickert, "Beautiful Feast"
Will Ludwigsen, "Remembrance is Something Like a House"
Cecil Castelucci, "The Long and the Short of Long-Term Memory"
Alaya Johnson, "The Score"
Ray Vukcevich, "The Two of Me"
Carlos Hernandez, "The Assimilated Cuban's Guide to Quantum Santeria"
Lavie Tidhar, "Shoes"
B. F. Slattery, "Interviews After the Revolution"
Elizabeth Ziemska, "Count Poniatowski and the Beautiful Chicken"
Peter M. Ball, "Black Dog: A Biography"
Camilla Bruce, "Berry Moon"
Amelia Beamer, "Morton Goes to the Hospital"
William Alexander, "After Verona"
Shira Lipkin, "Valentines"
Alan DeNiro, "(*_*) ~~~ (-_-): The Warp and the Woof"
Nin Andrews, "The Marriage"
Theodora Goss, "Child-Empress of Mars"
Lionel Davoust, "L'Ile Close" ("The Enclosed Island" or "No-Exit Island" or something else we haven't thought of yet)
Stephanie Shaw, "Afterbirth"
David J. Schwartz, "The 121"

D'autres textes retenus seront publiés en ligne avant le livre, qui sortira en novembre. Il s'agit de:

Kelly Barnhill, "Four Very True Tales"
Kelly Cogswell, "For the Love of Carrots"
F. Brett Cox, "Nylon Seam"
Chris Kammerud, "Some Things About Love, Magic and Hair"
Eilis O'Neal, "Quiz"
Ronald Pasquariello, "The Chipper Dialogues"
Mark Rich, "Stonefield"
Genevieve Valentine, "To Set Before the King"

C'est une chance et un honneur incroyable de se trouver traduit en pareille compagnie. J'espérais bien avoir la chance de publier un jour en anglais, mais j'avoue que je ne pensais pas que ça arriverait aussi vite.

Ouf, je peux tuer dans l'oeuf avec soulagement León Dave, ma persona d'auteur américain d'origine cubaine au nom bien plus vendeur que le mien.
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Mardi 10 février 2009 2 10 02 2009 10:09
À la veille de l'investiture de Barack Obama, un vice de forme poussa la Cour Suprême à ordonner un recompte des votes de l'élection présidentielle de 2008. Incapable de parvenir à une conclusion et sous la pression des lobbys républicains, elle dut déclarer le scrutin nul et non avenu, pour être reconduit trois mois plus tard.

Nul ne doutait de l'issue de ce vote, qui se solderait par une nouvelle victoire du candidat démocrate. Non, l'attention du monde entier se concentrait sur Donald Rumsfeld et Dick Cheney, qui, par un ahurissant retournement de procédure, se retrouvaient à officier comme président et vice-président dans l'intervalle.

La population de la planète priait à présent que les Américains aient le temps de retourner aux urnes avant que les duettistes ne lancent une bombe atomique sur l'Iran.

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Mercredi 28 janvier 2009 3 28 01 2009 16:31
Non, je ne me suis point lassé des joies bloguesques en cette époque où tout le monde, alors que le blog était le next big thing, s'en lasse, ferme le sien et part pour Facebook échanger des graines virtuelles et vendre ses amis contre de faux dollars (encore plus factices que le linden dollar, dont la valeur d'échange virtuelle doit osciller entre cinq signes de com' élogieux et 1 po 50).

N'empêche, Facebook, c'est encore plus rapide qu'un blog: une ligne de statut, et voilà l'activité, l'état d'esprit du moment résumés au monde entier. Finies les longues soumissions un peu mal branlées de théories en cours d'élaboration. Plus d'entrées aguicheuses dans le flux RSS comme "La crise financière en temps réel, démonstration inside" qui s'ouvraient sur de longs billets émaillés de GIF animés et d'insupportables musiquettes MIDI. Il suffit d'un "Jean-Claude Kipling a compris la crise financière" sur la home page, point barre. A la fois générateur de mystère et direct comme un uppercut sémantique, le statut Facebook dégraisse le message de tout emballage superflu - la subtilité et le langage - pour le réduire au sens pur qui pénètre alors l'esprit comme une révélation venue du temps du rêve.

Facebook, c'est le haiku social.

Bref. Intro circonvolutive et sans aucun rapport avec la suite, comme d'habitude, pour annoncer - et je ne suis pas peu fier, j'avoue - que "L'Île close", texte initialement paru dans l'anthologie de Lucie Chenu De Brocéliande en Avalon aux éd. Terre de Brume, a été enregistré et repris par le podcast francophone des littératures de l'imaginaire, Utopod.

La nouvelle a été divisée en deux parties en raison de sa longueur. La première est ici (Utopod 026), la seconde là (Utopod 027). Le texte est écoutable en ligne ou bien téléchargeable sur tout baladeur MP3 pour écouter à pied, à cheval et en fusée (explications ici). Je vous invite vivement à soutenir l'initiative, par exemple en vous abonnant aux flux.

Pas peu fier, disais-je, parce que, à part des illustrations (comme celle de "Récital pour les hautes sphères" réalisée par MZS, ci-contre, texte lisible ici, hop hop shameless plug), c'est une des premières fois qu'un de mes récits se trouve "adapté". Adapté, dis-je, parce qu'une lecture n'est certainement pas neutre et implique un réel travail d'interprétation (effectué ici par Charlotte Reymondin), même si le texte reste le même. Où placer les effets, que mettre en avant, comme jouer les personnages, tout cela relève en quelque sorte de la "traduction" d'un support à l'autre et c'est un exercice difficile (surtout avec ce texte, qui est infernal à lire!).

Je m'étais posé un moment la question de réaliser moi-même la lecture (que ces années passées sur les patinoires d'improvisation théâtrale servent finalement à quelque chose, bon sang), mais j'avoue que ce qui m'intéressait aussi dans cette aventure, c'était de voir comment la lectrice s'approprierait le texte, peut-être même aux antipodes de mes intentions d'origine. C'était le jeu et je suis profondément ravi de l'avoir joué: c'est extrêmement intéressant - et flatteur, oui - de voir ce qui compte d'une ambiance, d'un personnage aux yeux d'autrui.

Car mon travail consiste seulement à apporter un récit, une trame, un univers, parfois un propos; aussi à divertir, à intéresser le lecteur (si je fais correctement mon boulot). Pas à lui dicter les interprétations, les messages qu'il doit y trouver, les émotions qu'il doit ressentir. En cela, dans sa réception, le lecteur a (quasiment) toujours raison.
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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 01 2009 09:10
Je répercute ici ce qui suit.

"Traducteur de plusieurs ouvrages de Dan Simmons - de L'ECHIQUIER DU MAL (Denoël, 1992) à TERREUR Robert Laffont, 2008) -, je tenais depuis 2004 une rubrique régulière sur son site web.

Ces derniers temps, j'ai été troublé, révolté et même écouré par les propos des intervenants du forum de ce site, voire de l'auteur lui-même, qui déversaient des flots de haine contre les démocrates, les Arabes, les homosexuels, les écologistes, et cætera.

C'est le 11 janvier dernier qu'est arrivée la goutte d'eau qui a fait déborder le vase : Dan Simmons a encouragé un internaute à dénoncer au FBI une jeune Palestinienne étudiant aux Etats-Unis, qui lui avait confié sa colère devant le massacre de Gaza et son désir de vengeance.

Simmons allait jusqu'à donner le lien du site à contacter pour une dénonciation, ainsi que plusieurs numéros de téléphone, concluant son message par la phrase suivante : « En fait, inutile de les contacter, je l'ai déjà fait (je suppose que son prénom n'est pas celui que vous donnez, mais vous pourrez discuter de cela avec les agents fédéraux qui vont vous rendre visite). »

Le même jour, je lui ai signifié ma décision de cesser toute collaboration avec son site. Il en a pris acte, maintenant son appel à la délation (sa justification tenait en une date, celle du 11 septembre) et concluant - à tort - que j'éprouvais « du mépris » pour son site web, pour sa position et pour lui-même, mais aussi pour son ouvre. En conséquence, me dit-il, il a décidé non seulement de faire effacer de son site web toutes les chroniques que j'avais rédigées - à ce jour (21/1/2009), cela n'est pas encore fait, la gestionnaire dudit site étant en vacances -, mais il en a en outre « contacté Danny Baror, [son] agent littéraire pour l'étranger, et lui [a] demandé de s'assurer (par contrat) que [je] ne [serais] plus jamais en position de traduire DROOD [son dernier roman], ni toute nouvelle oeuvre de fiction signée Dan Simmons. »

S'il m'avait demandé de ne plus le traduire, vu la rupture de notre relation de confiance, je l'aurais accepté. Il a choisi de m'imposer sa volonté - une frappe préventive, doublée d'une riposte disproportionnée, ce qui est parfaitement cohérent avec sa posture idéologique. Après avoir informé les éditeurs pour lesquels j'ai récemment traduit ses romans - et que je remercie pour leur soutien -, j'ai décidé de rendre public cet incident, afin que ma position soit claire.


Jean-Daniel Brèque

« C'est chose rare qu'un auteur cherche à se faire plus petit que son oeuvre. »
Antoine Blondin"

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